jeudi 1 septembre 2016

Le sentiment de présence. Entretien avec Nisargadatta Maharaj (1981)



(Revue Être. No 2. 16e année. 1988)
Le titre est de 3e Millénaire
Maharaj peut-il m’exposer la pratique de son enseigne­ment ?
Il n’existe pas de pratique ou de discipline à suivre. Écoutez-moi simplement et acceptez ce que je vous dis sans réticence d’aucune sorte.
De quelle importance est la méditation ?
La seule chose possédée par chacun est la certitude d’exister, la certitude d’être une présence consciente. La médi­tation est uniquement ce sentiment de présence.
Alors pour méditer, je m’assieds et je pense à ma propre présence ?
Vous vous asseyez mais pas en tant qu’individu, simple­ment : sentiment de présence sans mots. Méditez sur ce qui sait que vous êtes ici, assis. La sensation entraînant la convic­tion que votre corps est ici est une identification au corps, mais ce qui sait sans besoin de preuves que le corps est là, assis, est une expérience de l’Absolu.
Ne le sait-on pas grâce à l’intellect ?
L’intellect relève de la matière et vous n’êtes pas la matière, vous êtes ce qui comprend la matière. Ce sentiment de pure présence expliquera tout ce que vous avez besoin de comprendre. Vos efforts ne vous y mèneront pas, mais si vous devenez un avec ce sentiment de présence, lui le réalisera.
Dois-je développer ce sentiment de présence tout au long de la journée, au cours de toutes mes activités ?
Il est inutile de vous concentrer sur cette présence, elle est toujours là. L’essence de vos actions, peu importe les­quelles, est le corps-nourriture. Laissez le corps-nourriture faire son travail mais comprenez bien que ce qui effectue le travail n’est pas vous, vous êtes uniquement le sentiment de présence.
Quels que soient vos efforts, physiques ou intellectuels, il s’agira essentiellement d’efforts du corps-nourriture. Pour vous il n’y a rien à faire. Tout ce qui doit se produire se produira de lui-même, accompagné de la conviction d’être totalement à l’écart du corps et de l’intellect.
À vous entendre cela semble facile, mais ce doit être très difficile à réaliser.
Quoi que vous en pensiez, facile ou difficile, agrippez-vous à une seule certitude : vous êtes ce sentiment de présence et non pas le corps-nourriture. Ce que vous êtes n’a ni forme ni couleur.
Ce sentiment de présence persiste-t-il après la disparition du corps et de l’intelligence ?
Quand le corps s’affaisse, ce sentiment de présence dis­paraît et la conscience n’est plus consciente d’elle-même.
Quand le corps s’en va alors, tout s’en va ?
Exact. Il n’y a plus aucune expérience, ni joie, ni chagrin. Ni l’une ni l’autre ne sont nécessaires.
Il n’y a donc rien qui continue… rien ?
Vous raisonnez sur des concepts ! Quand tout a disparu, qu’est-ce qui peut vouloir subsister ? Oubliez cet état ultime.
Justement… je voudrais le comprendre !
Ce qui peut être compris ou perçu ne peut jamais être la vérité éternelle. L’inconnu est la vérité. Je n’ai aucun besoin d’expérience, je n’ai donc aucun besoin de me disputer avec qui que ce soit. Le corps et l’in­tellect vont continuer à accomplir ce dont ils ont envie ou besoin durant le temps qui leur a été alloué.
N’est-il pas souhaitable de faire certaines choses plutôt que d’autres ? Par exemple je pourrais rester assis et ne rien faire de ce corps et de cet intellect, ou bien sortir et aider les autres à accomplir des choses utiles. Quelle attitude est la meilleure ?
Le corps et l’intellect accompliront tout ce qui relève naturellement de cette combinaison intellect-corps.
Mais il y a des choses que l’on peut contrôler. Vous pouvez trop manger par exemple, ou trop boire ; ou au con­traire faire de bonnes actions, aider les autres !
Il s’agit des « faire » et « ne-pas-faire » concernant l’intellect-corps – ce que vous n’êtes pas. C’est là que tout a commencé. Comprenez que sans corps, la conscience n’est pas consciente d’elle-même et tant que le corps est là, ildoit assumer ses fonctions naturelles.
Alors je lui laisse faire tout ce qui est naturel ?
Il n’est pas question de laisser faire ou de permettre quoi que ce soit, cela aura lieu ! Vous n’avez là-dessus aucun contrôle.
Mais il y a des choses que je peux diriger. Je peux monter vous voir ou rester dans la rue, c’est moi qui décide.
C’est une conception erronée. Ce qui arrive, arrive de soi-même. Tout ceci n’est qu’une expression de la conscience, une présentation, un show monté par la conscience. Sa nature est changement, c’est la danse de la présence consciente. Cette conscience se distrait de multiple façons, de nombreuses for­mes, possibilités, capacités entrent en jeu, mais cet ensemble d’activités n’a pour seul but que de la distraire. Quand elle est fatiguée, elle se repose dans le sommeil mais sitôt réveillée elle a besoin d’une nouvelle forme de distraction et il faut bouger, faire quelque chose. 
Tout cela n’est qu’apparences dans la conscience, chaque apparence aura sa longévité particulière mais fondamentale­ment rien de ce qui arrive n’a aucune validité ou importance. Jusqu’à l’éveil, jusqu’à la compréhension profonde, vous conser­verez la conviction d’agir par vous-même, mais quand l’aperception juste se produira, alors vous saurez qu’il n’y a aucune entité agissante.
Pourtant, il me semble qu’il vaut mieux accomplir des bonnes actions plutôt que des mauvaises !
Qu’entendez-vous par bonnes et mauvaises actions ? Une bonne action dans un certain ensemble de circonstances, peut dans un autre ensemble de circonstances, être mauvaise: Même les choses considérées par vous comme les meilleures ne peu­vent se maintenir qu’aussi longtemps que le corps est là. Bien rare est celui à même de comprendre qu’il n’y a rien à faire – il est déjà Cela.
Maharaj nous aide, est-ce un état de volition ?
C’est une partie du fonctionnement total. Ce qui arrive est une sorte d’état de rêve et chaque événement est une partie du rêve. Ce qui arrive à travers moi, que ce soit spirituel ou matériel, ne se prolonge pas en multiples modifications intellectuelles parce que toute action est à la fois spirituelle et universelle. C’est pas sa stabilisation dans l’inconnu que la spiritualité est parfaite.
Il m’arrive très souvent d’être le témoin de souffrances physiques parce que corps et conscience sont toujours là, ins­truments enregistrant plaisir et souffrance. La souffrance est principalement enregistrée par suite du mauvais état de ma santé. Tout à l’heure j’étais ainsi témoin de cette souffrance mais depuis que vous êtes arrivé elle est partie. Quand vous vous êtes établi, fixé dans la conscience, elle déborde de joie. Je vivais établi dans cette conscience inondée de joie mais soudain la maladie s’est manifestée et la douleur est apparue.
Tant que vous serez fermement établi dans la conscience et ne pâtirez pas de désordres physiques, vous n’aurez aucune expérience de la douleur. Cette joie est la qualité intrinsèque de la conscience. Vous, vous êtes antérieur à la conscience, à ce niveau il n’y a ni plaisir, ni souffrance.
L’association corps et conscience est quelque chose comme ça. Célibataire vous menez une vie libre et détendue ; ayant pris femme, vous découvrez plaisir et souffrance. C’est exac­tement comme ça ! (rires)
Comment puis-je atteindre cet état ?
Il est toujours là. C’est l’état premier mais il est au-delà de la connaissance. Cet état ne peut pas être élucidé, tout ce que je vous dis ne peut que désigner, pointer : « c’est là ». Les mots ne peuvent pénétrer ce niveau.
(Traduit de l’anglais par Paul Vervisch)

Trouvé sur le site de la revue 3ème Millénaire

dimanche 21 février 2016

Maharishi Mahesh Yogi : "Sat Chit Ananda"



Question : Maharishi, j'ai quelques questions, pourriez-vous discuter de "Sat Chit Ananda" (Satcitānanda, Satchidānanda, or Sat-cit-ānanda (Sanskrit: सच्चिदानन्द ou सत्-चित्-आन्द ) ?

Maharishi : Sat est la vérité absolue non changeante.

Sat Chit Ananda : Sat est ce qui ne change jamais, la vérité, l'être absolu. Chit* est la conscience. Ananda (Ānanda), c'est le bonheur. [Cette expression signifie] "Absolu Conscience Béatitude".

Un point d'intérêt remarquable pour nous : l'absolu est une expérience directe pour nous, l'absolu est une réalité vivante pour nous.

Maintenant, comment pourrait être vécu l'absolu ? Le mot "Chit", conscience, permet l'expérience de l'absolu. Si l'absolu n'étaient pas Chit, la conscience, il ne pourrait pas devenir une réalité vivante. Vous voyez le point ?

En étant absolu, s'il est une réalité vivante, il doit avoir une certaine magie en lui. Parce que sinon, l'absolu plat ne serait pas une réalité vivante, il ne serait pas une expérience. Et comme nous le savons, concernant un système nerveux est bien raffiné, un système nerveux correctement purifié reflète pleinement l'être absolu : Sat.

Alors, quand Sat est reflété dans sa plénitude, alors Sat est compris avec cet attribut de Chit, qui est la Conscience. La conscience est en référence au Soi. La Conscience, c'est l'état d'être conscient. Alors la conscience ne fait qu'un avec Ce qui ne change jamais. Et en vertu de cet attribut, en vertu de l'attribut de la conscience, l'absolu sans attribut devient une réalité vivante.

Quand nous allons plus profondément dans le caractère de l'absolu, Sat. Nous sommes en mesure de plonger en lui, parce qu'Il nous est intime.

Et parce qu'il nous est intime, qu'il est notre conscience, parce que c'est notre conscience, il peut devenir une expérience, une expérience directe, sinon ce ne serait pas une expérience. Et parce que nous savons par notre propre expérience, que c'est une expérience, nous attribuons par conséquent cet attribut de la conscience à l'absolu sans attribut.

Maintenant, étant une expérience, et du fait d'avoir cet attribut de la conscience, le sans attribut reste toujours sans attribut.

Néanmoins, tout en restant sans attribut, il reste, il tient son caractère absolu illimité. Et c'est pourquoi la conscience est assimilée à l'absolu. Et c'est pourquoi Sat Chit, Sat Chit.

Ananda (Ānanda) est une qualité qui va de pair avec la plénitude de la vie, la plénitude, ananda (ānanda).

Les Upanishads sont très belles à propos de cet ananda (ānanda). Ils disent: Ananda dhyeva Imani Bhutani jāyante. Vous devriez aussi écouter parfois Upanishads : “Anandad dhyeva ... imāni bhūtāni jāyante … Anandena jatani jivanti Anandam sam prayantyabhisam visanti .. saisha bhargavi varuni vaidhya parame vyoman prathishta”..

Toute la philosophie d'ananda (ānanda), ananda comme étant la base de la vie, comme étant le soutien de la vie, comme étant cet ultime dans lequel tout se dissout. Cet ananda (ānanda) est la vie.

La création est née d'ananda (ānanda), elle est maintenue en ananda, et finira par se dissoudre en ananda. Elle évoluera à partir d'ananda, sera maintenu dans ananda, et se dissoudra en ananda (ānanda).

Le cycle de l'évolution et de dissolution qui se poursuit toujours, réside en ananda (ānanda), et seulement en ananda (ānanda). Cette connaissance enseignée par Bhrigu à son fils Varuni se situe au-delà de l'akasha (ākās̄́a).

Akasha (ākās̄́a) : l'espace.

Akasha est caractérisé par le son. Partout où il y a du son, il y a akasha (ākās̄́a). Et quand il se trouve au-delà de l'akasha, cela signifie qu'il se trouve dans le domaine qui transcende le son, qui transcende la parole, qui transcende la pensée. Si vous prenez conscience de ce champ de la conscience transcendantale, vous saurez que ananda (ānanda) est tout ce qu'il y a, par votre expérience directe.

Ce verset des Upanishads parle de la Méditation Transcendantale (MT), et établit que dans l'aspect extérieur et intérieur de la vie n'est en tout que ce seul élément qui est le bonheur (ananda, ānanda). Il parle de la vie évoluant à partir d'ananda (ānanda), de la création provenant d'ananda, soutenue par ananda, allant à Ananda.

Le champ entier de l'individu, depuis sa création, comme une onde de vie cosmique est dans le domaine d'ananda. Ce bonheur qui est mon Soi.

Ainsi, l'éternité d'ananda (ānanda) est ce qui permet le parallèle entre Ananda et Sat, qui ne change jamais.

Et parce que cela peut devenir une réalité vivante, le bonheur peut devenir une réalité vivante, ce bonheur est assimilé à Chit, la conscience. Ainsi, Sat Chit Ananda, est l'Absolue Conscience Béatitude.

Et parce qu'elle est Ananda, elle est plénitude. Et parce qu'elle est Chit, l'absolu sans attribut peut devenir une réalité vivante de la vie quotidienne.

Donc, avec ce mot “Sat Chit Ananda” s'ouvre à nous toute la philosophie de la vie. “Sat Chit Ananda” et “Je suis Cela”, “Tu es Cela”, et “tout ceci est Cela”, et “C'est Cela”. C'est l'histoire de “Sat Chit Ananda”.

Le point essentiel est que, parce que l'absolu est une réalité vivante, il peut être assimilé à Chit, qui est la conscience, si cela n'était pas la conscience, cela ne pourrait pas devenir une expérience, et si cela ne pouvait pas devenir une expérience, cela ne pourrait pas devenir une réalité vivante. Mais nous le vivons, nous le savons. Et par conséquent, Sat est assimilé à Chit, et Chit est assimilé à Ananda.

Parce que quand Sat est Chit, il s'agit d'une expérience directe. Alors, quelle est cette expérience ? Le mot suivant l'indique : c'est le bonheur. L'accomplissement, (la plénitude) d'un bonheur absolu, telle est l'expérience.

Sat est ce qui ne change jamais, la réalité abstraite qui ne change jamais. Ce qui ne change jamais, ce non relatif, doit être abstrait. S’il est abstrait, peut-il être expérimenté ? Vous dites “Oui”, parce que c'est la conscience. Et puis, si c'est la conscience, peut-il être connu ? Vous dites “Oui”, parce que c'est la conscience. Et puis, si c'est la conscience, une expérience directe, alors, quelle est cette expérience ? “La béatitude”.

Donc, toute l'investigation sur la réalité abstraite sous-jacente est résolue, elle est exprimée par un seul mot : “Sat Chit Ananda”.

mardi 2 février 2016

Ma Anandamayi




"
“Dans la méditation "faire” et “être” sont si différents ! On tente de méditer, on “fait” de la méditation, mais le jour où la méditation émane de soi, où elle “est”, quel autre monde !“
"Tant que le langage vous est nécessaire pour communiquer avec autrui, employez-le, mais très parcimonieusement. Ecoutez ce que les gens vous disent et ne répondez que lorsque c’est nécessaire, par quelques mots, à dose homéopathique. Vous savez bien que là où les médicaments allopathiques, à fortes doses, restent sans effet, quelques gouttes minuscules produisent parfois des effets miraculeux ! Les gens ne parlent que pour faire étalage de leur supériorité, de leur érudition et de leur habileté dans la discussion. Mais l’action est plus puissante que les mots. La valeur d’un homme ne se mesure pas au volume ou à la force des arguments qu’il peut présenter. Argumentez en vous-même, dans l’introspection, et maîtrisez vos passions ; alors vous constaterez bientôt que l’envie de parler a presque disparu.”
“En fait, il n'existe rien d'autre que l'Unique Instant. Dès l'instant où vous Le trouvez, vous connaissez votre vrai Moi. Cet Instant relie à l'ensemble de la création.
"


lundi 16 novembre 2015

Jean-Yves Leloup: Qu'est-ce qui respire en nous?



Qu'est ce qui est là, qu'est ce qui respire en nous ?
Je vous propose d'être là, d'être un peu plus là
Et cela commence dans le corps que nous sommes
En sentant le contact de notre corps sur la chaise
En sentant le contact de nos pieds sur le sol
En sentant notre colonne vertébrale
Notre colonne vertébrale qui est comme l'Arbre de Vie
Cet arbre qui relie la terre et le ciel, cet axe,
 notre droiture
Notre corps n'est pas le tombeau de l'âme
C'est le temple de l'Esprit
C'est une maison pour abriter le vent
Pour accueillir le souffle
Accueillir l'inspir et l'expir
Inspirez plus doucement, expirer plus doucement
Ne faire qu'un avec ce souffle
Ce souffle qui nous inspire et qui nous expire
Entrez simplement dans cette conscience du souffle
Et ne pas avoir peur d'aller au fond de l'expir
Expirez profondément et doucement et restez là un petit moment
Ecoutez, goûtez les saveurs du Silence
Un je ne sais quoi, un presque rien
Et c'est de ce Silence que va naître un nouvel inspir
Laissez le venir comme un cadeau
Simplement respirez, consciemment, doucement,
 profondément 
Et peut être sur le rythme même du souffle,
Accordez l'invocation qui est la votre si vous avez une tradition particulière 
Ou simplement 'je suis' Etre là, je suis là
Laissez dans ce je, dans ce petit je, laissez être la grande Présence
Celui qui est plus intelligent que nous, en nous
L'intelligence créatrice, la Conscience première
Laissez être au cœur de notre vie, une vie plus vaste
Sentir que notre souffle vient de l'infini et retourne à
 l'infini
Et au niveau du cœur, laissez venir cette simple
 gratitude, cette bonté
Quelque chose comme un soleil qui éclaire, qui réchauffe
Plus moi que moi-même, tout autre que moi-même
Et méditez vous savez,
Ce n'est pas courir après le soleil
C'est se laisser ensoleiller
Quelques instants, se laisser ensoleillé par la Présence silencieuse
Pour notre bien être et le bien être de tout et de tous

P. Jean-Yves Leloup lors d'un stage
Trouvé sur le blog de Séraphim